Et on fait tourner les serviettes !

Il y avait trois protagonistes, quatre en comptant les vendeurs de merguez, cinq en comptant les chiens qui couinaient. trois protagonistes donc : un groupe de troisièmes âges endormis sur leur chaises de camping, des roots un peu brusqués par l’agressivité de la musique, et le groupe. Très certainement atteint d’une extinction de voix collective, le groupe.

haaaaay que placeeer…

…qui chuintait d’on ne savait plus trop où, pas un murmure, non… tout juste un râle. Etouffé par un acordéon implorant la grâce, feutré par une guitare essouflée. Tout sauf du plaisir. Et le chanteur de récidiver queeeeel plaisiiiir tout en enchaînant sur des considérantions géopolitiques passés qui, je l’avoue, m’ont complètement échapées.

“C’est triste, ca parle de la guerre civile“. (merci pour la precision, mec)

Nous sommes donc tous au bord du suicide pour diverses raisons. Moi j’avoue je regrette surtout les autres groupes du quartier…

Et c’est ce moment là qu’à choisi le club du troisième âge pour lever comme un seul homme un mouchoir blanc (tu comprends c’est symbolique, c’est la paix) et l’agiter frénétiquement en suivant le rythme du spectre de tout à l’heure franchement ragaillardi et qui s’ingénie à occuper l’espace maximal sur la scène en décrivant de grands cercles avec son mouchoir sorti de nulle part.

hayyyy que placer…

…et puis plus rien ne bouge. On dirait même que j’ai eu une hallucination parce que les gens sont re-tristes.

Récidive : le mouchoir semble vraiment apparaître dans la main du public en même temps que la vitalité. Et pas un mouvement en vrac dans cette choré. A côté Pat’Sébastien est un taciturne.

Alors moi je demande pourquoi ? Pourquoi il n’y a que moi que ca fait marer ?

Pourquoi au milieu de cette foule ragaillardie par l’espoir d’on ne sait plus trop quoi (mais l’espoir pour l’espoir vaut tous les espoirs) je ne vois qu’une vague assemblée de fin de mariage… qu’un groupe de borachos agitant leurs serviettes de tables, debouts sur les chaises ?

Pire, d’où vient cette étrange sensation que tout ça était préparé ? Qu’il doit y avoir un émulation d’avant concert genre “t’as pas oublié ton mouchoir Miranda ?”… et que toutes frétillent d’impatience devant l’iminence du refrain.

et la grande question : mais qu’est-ce que je fais là ?

Blackout

Blackout Aujourd’hui j’ai oublié tout ce que je savais. Oh ca n’a pas duré longtemps non, une petite heure tout au plus. Le temps de répondre en onomatopés à mes collocs et de chercher -vite- un article en VO sur Yahoo.es.

On a les réflexes de survie qu’on peut.

Et en fait de réflexe, voici que les mots me viennent en anglais d’abord (en français ensuite mais définitivement pas en espagnol).

“En anglais d’abord”, comme dans ces cauchemards où personne ne vous comprend, comme quand on imagine une situation extraordinaire et qu’on en change la langue inconsciemment. (je sais que je suis pas la seule à faire ça!). Mais voilà qu’on me parle sur msn et que je m’entête à chercher des formulations anglaises, à mettre un sujet en premier.

18ème jour d’immersion, donc, et je perds mes automatismes langagiers : Au dix huitième jour je ne sais plus parler.

expression du jour #4

¡Lo prometido es deuda !

après quelques jours d’absence, retour de l’expression du jour avec cette phrase on ne peu plus anodine puisque sa traduction est pour ainsi dire littérale.

chose promise, chose due

Pourtant, la petite phrase dans la bouche de mon colloc, submergé par la fierté du travail acompli après avoir réussi du premier coup à monter un meuble de salle de bain Ikéa et sous les applaudissements en VO de sa chère et tendre, la petite phrase disai-je, alors qu’un morceau de pain (le Suprême, 0,57€, de Bonpreu) se machouillant occupait tout l’espace sonnore evironnant, la petite phrase donc, si violement teinté de ce que l’argentine a de plus présent dans mes premières semaines Barcelonnaises, la petite phrase alors avec son sens assez éloigné du contexte à première vue (c’est qu’il me l’avait promise cette tablette, mais oui, j’y suis!), la petite phrase enfin, dans ce contexte là, entre ce canapé et cette télévision, combien de fois a-t-il fallu qu’il me la répète, qu’il me la scande, qu’il me la hache pour qu’enfin je comprenne.

Et combien d’expressions aussi basiques n’ai-je pas entendues (avant même de les comprendre), combien de locutions n’ai-je pas relevés la faute à un contexte un peu bisextile, la faute à ces petits nuages d’accents dont les gens s’ingénient à saupoudrer leurs phrases.

Et ce contexte, celui-là même qui était sensé nous mettre sur la voie au lycée, le sacro-saint Contexte (celui dont on fait des leçons en 5ème), ce “sens logique qui va au-delà du sens des mots“, ce bain qui teinte les mots et en oriente le champ sémantique, combien de paresses lexcicales (qui sont autant de nuances) aura-t-il légitimé et que je n’aurai pas comprises?

Integracion

Me voici donc, NIE en poche, prête à faire tout un tas de trucs géniaux sur le territoire espagnol au même titre que tout Espagnol.

  • ouvrir un compte
  • travailler
  • vivre plus de 3 mois sur le territoire
  • avoir des cartes de fidélité dans les magsins (ma grande passion)

Integracion

Mais surtout : Etre inscrit au registre nationnal des étrangers.

Quoi?!

LE document indispensable pour s’intégrer à la vie d’un pays est en fait une preuve de mon inscription à la liste des étrangers.

Voilà, un constat empli de mauvaise foi, il ne faut pas le cacher, puisqu’au fond ce ne sont que des mots paradoxaux certes mais qui conditionnent des droits bien réels. Et, évidément il n’y a que ça qui compte.

Evidément.

Mais à la lueur d’un tel constat, j’ai ouvert mon sac à dos et je me suis mise à considérer le nombre de preuves d’intégration que j’avais en ma possession.

Alors bien sûr, c’est une question sans fin. A partir de quand un papier officiel atteste de ton identiée, et en quoi cette identité officielle est la tienne. Comme le dit Roland Barthes en d’autres termes : comment se fait-il qu’une photo d’identitée soit conventionnellement reconnue comme l’image la plus objectivement ressemblante d’une personne? Et du coup que ces images constituent un motif de honte pour son propriétaire : “dites moi que je ne ressemble pas à ça !”.

Mais je n’irai pas jusqu’à parler d’identité, non. Le seul constat que je fais ici c’est qu’un certain nombre de papiers suffisent à prouver une intégration officielle à la vie économique et sociale d’un pays -bien évidément pas politique- alors même que l’intégration à un pays est un processus subjectif, insaisissable, impossible à quantifier, difficile à étudier et extrêmement variable.

…bref, j’en suis encore très loin.

NIE : l’épopépilogue

étape 6. où l’on apprend que le NIE, c’était simple

à condition de savoir que:

- deux organismes sont habilités à le délivrer : la fac dont on dépend et l’organe gouvernemental de la catalogne.

- pendant le mois d’aout, les OMA sont fermées.

- le nombre de NIE délivrés par jour est limité : il faut donc pointer avant 8h devant le batiment.

- la queue que l’on peut voir devant le fameux bâtiment et qui semble ne pas finir (et ne pas avancer) est illusoire.

en fait, c’est pire : compter 5h pour toucher votre NIE (d’une main émue, tremblante, et assoiffée)

- Après avoir récupéré un formulaire à la “delegacio del govern de catalunya” (en Catalan) direction n’importe quelle banque pour payer 6,70€ (vous ne demandez pas pourquoi, parce qu’il y a du monde derrière vous qui a envie de vous arracher les yeux) puis le bureau de police de la Barcelonetta pour qu’un de ces messieurs appose le tampon salavateur et appuie sur “print”…

- …tout en précisant – devant un regard perplexe – qu’ils ne délivrent plus cette magnifique petite carte plastifiée avec écrit “ESTUDIANTE” (qui prouvait le statut d’étudiant mieux que quoique ce fut) non, ils ne fournissent qu’un papier officiel avec le fameux NUMERO, mais qui ne mentionne en aucun cas le statut d’étudiant.

“ben oui, pour les communautaires (= européens), y’en a plus besoin.”

sur ce vous craquerez sur la première glace crunchy choco pépites qui croisera votre chemin… et vous aurez raison.

Et au même instant vous mesurerez votre chance d’avoir passé 5h à l’ombre de divers batiments administratifs bordés de palmiers au coeur de la Barceloneta en plein mois d’Août.